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LA RESURRECTION DU HEAVY METAL



On le dit ringard, mort dans les années 80 et surtout, il souffre d’une image déplorable en France. Violent, brutal, assourdissant, négatif, morbide, voire sataniste et nazi, les clichés qui courent sur le Heavy Metal ont la dent dure et sont pour la plupart complètement à côté de la plaque. Pourtant, ce style de la fin des années 60, engendré par des précurseurs comme Iron Butterfly, Deep Purple, Led Zeppelin et Black Sabbath, regorge de perles mélodiques, de constructions musicales très élaborées, de paroles profondes et vend beaucoup d’albums de par le monde, encore aujourd’hui. IRON MAIDENAprès le retour fracassant, tournées titanesques à l’appui, d’Iron Maiden (qui contrairement à ce que beaucoup croient, écrivent régulièrement de nouveaux et excellents albums) de Kiss et de Deep Purple ; la sortie prochaine des derniers AC/DC, (Black Ice le 20 Octobre) et Iron Maiden (l’année prochaine), le Métal est au sommet de sa forme. Le présent c’est les survivants de la New Wave Of British Heavy Metal, Judas Priest, Mötorhead et Def Leppard, les businessmen californiens du Thrash Metal, Metallica et notre orgueil national, Trust.

DEF LEPPARD : Songs from the sparkle lounge

Depuis 1980, la bande de Joe Elliot écume les radios mondiales de ses tubes Pop Métal aux paroles à double sens sur les rapports avec les femmes. Leur gentil machisme et leurs riffs entraînants les ont de nombreuses fois propulsés à la tête des charts. Ils nous livrent donc 11 titres de Hard FM comme ils en ont le secret. Pourtant, malgré une fidélité à leur style, respect, ces « chansons du salon de la lueur d’esprit » n’égalent pas leur période 80.

L’album est néanmoins de très bonne facture, proposant des riffs très accrocheurs, des mélodies plus qu’honnêtes et les petits soli nerveux et mélodieux de Phil Collen et Vivian Campbell. Accessible et sympathique, le dernier né du Léopard Sourd, vaut bien un petit détour auditif.

JUDAS PRIEST : Nostradamus

Judas Priest est un des premiers groupes de pur Heavy Metal, leur style difficile d’accès, regorge pourtant de mélodies et de soli de guitare très symphoniques, dues à deux gratteux d’exception : KK Downing et Glenn Tipton. S’ajoutent à cela les prouesses vocales aux multiples octaves de Rob Halford, la basse rageuse d’Ian Hill et la batterie fulgurante de Scott Travis.

Priest accouche ici d’un sublime concept album, nous livrant une étonnante évolution de son style. Nostradamus est un Métal Opéra, fascinant de bout en bout, bien que très difficile d’accès. L’album se divise en deux parties, à la fois distinctes et indissociables. De nombreux changements de rythmes et d’atmosphère accompagnent les paroles, situant le savant medium dans son contexte historique à chaque année de sa vie. Après des intros lentes très Rock Progressif, on passe des atmosphères très lourdes aux guitares pesantes, pour atteindre des sommets plus épiques très Métal Symphonique. Judas Priest enchaîne les moments dramatiques, angoissants, sinistres, pour terminer sur le mélancolique et surtout le mélodique. Nos deux guitar heroes font sublimement pleurer leur guitare dans des solos aériens, épurés et symphoniques, qui finissent par nous tirer des larmes. Ajoutez à cela des rimes parfaites qui, en plus de servir de biographie (partisane), nous proposent une réflexion sur la guerre, la religion et, surtout, l’exclusion, l’incompréhension, l’aliénation et la solitude. Un pur chef-d’œuvre.

METALLICA : Death Magnetic

On les attendait au tournant, après St. Anger, l’album accouché des tensions au sein du groupe, totalement dénué d’émotion et sans solos de guitare. Death Magnetic, lui, ressemble plus à une tentative de retour aux sources et s’en approche. Pourtant, on ne peut s’empêcher d’être déçu voire de se sentir légèrement floué. Malgré de très bons morceaux, The day that never comes, The Unforgiven III, et des essais intéressants, Cyanide et Suicide & Redemption (oui, des titres joyeux…), on sent quand même que tout cela est le fruit d’un calcul et d’un manque patent d’inspiration. C’est simple, l’album va exactement là où les critiques de St. Anger et de Load le poussaient. On reprochait à Metallica de se perdre dans le Hard FM, de ne plus faire de solos, de faire des chansons plus courtes et sans constructions musicales architecturales : donc acte. Oui c’est Thrash comme Kill’em all, ou Ride the lightning, il y a des atmosphères comme dans Master of puppets, des solos complexes comme dans …And justice for all et des intros acoustiques comme dans le Black album. Youpi, Metallica est de retour. Sauf que non, les morceaux cités ci-dessus sont des avatars de leurs titres légendaires (respectivement : Fade to black, The Unforgiven ou One, Master of puppets, et Orion) sans atteindre la puissance et l’émotion de leur modèle. Bien sûr que cet album renoue avec la violence de leurs débuts, le problème c’est qu’à l’instar de St. Anger, cela manque d’âme. Les mélodies sont moins bonnes, voire carrément inexistantes dans les couplets et dans la totalité de certains titres. Or, ce qui faisait la force de Metallica, c’était cette alliance de puissance sonore, de violence speed et de mélodies déchirantes. On leur conseille donc de moins penser leurs albums et de se remettre à faire de la musique, car pour l’instant la qualité de leur production laisse de plus en plus à désirer. Production, c’est le mot, Metallica produit de la musique mais n’en fait plus vraiment, c’est bien triste. Malgré tout, Death Magnetic reste un album intéressant, susceptible de s’améliorer au fil des écoutes.

TRUST : 13 à Table

Après un long silence, interrompu il y a deux ans avec Soulagez-vous Dans Les Urnes, le plus grand groupe de Heavy français est enfin de retour avec un nouvel et très bon album. Jolies mélodies, textes incisifs, parfois drôles, souvent cyniques, toujours très bien écrits et politiques. Bernie Bonvoisin, nous livre sa vision du monde pourri avec beaucoup de dérision, une très belle plume et une voix de plus en plus grave et chaleureuse. On oscille entre Johnny et CharlÉlie et c’est beau. Pourtant, malgré des riffs impeccables et de fantastiques solos de Norbert Krief, le style de Trust n’a plus grand chose à voir avec du Heavy Metal. À part la nouvelle version plus planante de Surveille Ton Look, sublime Hard Rock aux accents Blues ou Venez ; 13 à Table est un album de Rock. Sauf qu’en fait, on leur pardonne aisément cette petite trahison, tant on se laisse porter par l’atmosphère de l’album, entre la guitare nerveuse, aux petits coups incisifs de Nono, les accents rauques à l’agressivité faussement contrôlée de Bernie et ses élans de poésie urbaine. Vivement la tournée pour voir enfin exploser ce très bel opus.

MOTÖRHEAD : Motörizer

La bande à Lemmy Kilmister, papy du speed metal, est probablement l’un des groupes les plus difficiles d’accès. Sa particularité réside dans le jeu de basse saturé de Lemmy, semblable au son d’un moteur, d’où leur nom (dû aussi à un effet collatéral des amphétamines sur les oreilles, mais il faut pas le dire). Motörhead, toujours aussi prolifique (Kiss of death est sorti en 2006), reste fidèle à sa tradition. Rythmique de locomotive, paroles cyniques, solos à 200 km/h… À la première écoute, pas facile de percevoir autre chose que du bruit, mais par la suite, les mélodies se dégagent, excellents riffs, solos hyper chiadés, refrains destructeurs. Pas leur meilleur album, mais de très bonne facture, avec mention très bien pour Heroes.

AC/DC : Black Ice

Voilà déjà six ans qu’on attendait le retour du plus grand groupe de Hard Rock. Ouf, on n’a pas attendu pour rien. Toujours excellents et intemporels, le dernier né des frères Young pourrait être sorti en 1973, on ne verrait pas la différence et c’est ça qui est bien, ils sont fidèles à leur style, pur Rock’n’roll. Voilà un album qui se commente difficilement, que dire sinon qu’il est à la limite de la perfection ? Riffs épileptiques, solos équivalents à une décharge de taser, mélodies entêtantes, groove bluesy indéniable. AC/DC quoi. Hein ? Vous l’avez pas encore acheté, vous attendez quoi bordel !!!

Pour conclure cette chronique, nous conseillons à ceux qui voudraient aller au-delà des préjugés de se procurer ces albums essentiels à une bonne culture musicale : Deep Purple : Made In Japan Led Zeppelin DVD Black Sabbath : Paranoid Iron Butterfly : In-A-Gadda-Da-Vida Trust : Répression, Kiss : Alive II Judas Priest : Screaming For Vengeance Def Leppard : High N’Dry Metallica : Ride The Lightning Iron Maiden : le mythique Live After Death, pour les classiques Seventh Son Of A Seventh Son, un de leurs plus grands chef-d’œuvres A Matter Of Life And Death, leur dernier et très bon album. Enfin et évidemment, n’importe quel album d’AC/DC, prenez un live si vous hésitez. Bon voyage.

lundi 6 octobre 2008