O'zons

Tirons sur les cadavres



La télécommande, fabuleux instrument des temps modernes, qui permet de zapper ou d’éteindre la télévision sans bouger son cul du canapé, ce qui est très fatigant. Elle permet aussi de rappeler qu’on pourrait se passer de télé. On la disait décédée faute d’audience, pourtant, chose aussi étrange que le sourire de Patrick Sabatier, on en voit sur toutes les chaînes. Une invasion patente et aussi tenace qu’une trace de chiasse sur un slip, un peu comme Carla Bruni, qui, elle, a au moins le mérite d’être insipide. De TF1 à la TNT, la télé réalité a beau être morte, elle est aussi présente qu’un poltergeist dans un manoir écossais, même plus. Sur la chaîne du mieux disant culturel, l’été fut chaud. Comme tous les ans, TF1 a séquestré des couples de crétins cosmiques afin de les soumettre, tels des cobayes consentants à l’expérience scientifique de l’exposition à des corps bronzés et athlétiques, complètement dénués d’ondes cérébrales. J’ai nommé L’île de la tentation. On se demande honnêtement quelles atrocités peuvent bien subir les téléspectateurs de ce spectacle pathétique, pour en être réduits à y assister, résolus, voire béats. Se font-ils torturer par leur patron ? Se font-ils tabasser par leurs collègues ? Se font-ils enfoncer la tête dans le cul par leur conjoint ? À moins qu’ils soient idiots ou drogués. Sérieusement, on s’interroge. Quant aux candidats, ils ont beau être aussi cons qu’une poule qui aurait pris du LSD, on ne peut s’empêcher d’avoir pitié d’eux. OK, ils sont sur une plage superbe, payés à rien glander et susceptibles d’échanger leur gonzesse au QI de hamster contre une créature de rêve au QI de moule. Sinon, ils peuvent aussi résister aux démons phalliques pour finir devant un feu de camp, une mini télé entre les mains montrant leur salope de femme se faisant sans vergogne tringler par un minet trisomique au prénom à consonance américaine, pendant qu’une animatrice vachement compatissante, lui demande ce que ça fait d’être cocu devant des millions de français.

Génial. Mais pas autant que Koh-Lanta. Certes moins racoleur, mais quand même un peu dégueulasse. C’est l’émission de real tv qui marche le mieux et si on y réfléchit, on comprend. Les français râlent sur leur boulot et leurs collègues, mais au fond ils adorent ça. La preuve : non seulement ils en parlent tout le temps mais en plus, leurs potes sont souvent leurs collègues. Koh-Lanta c’est le fantasme des français, emmener leur travail chez eux et partir en vacances avec leurs collègues. Faire semblant de les aider pour prendre leur place et avoir plus de pognon en les regardant souffrir, oh oui c’est bon ça. Une société de faux-culs, qui ne pense qu’à sa gueule et qui veut plus que tout gagner plus d’argent. Travailler plus pour gagner plus, ça me rappelle quelque chose, tiens.

EXPLOSONS LA TNT

Mais le top du must c’est Next, sur NT1 ou NRJ 12, bref une chaîne de merde fournissant du vomi américain, doublé en français pour faire documentaire de sociologie, à des ados attardés, futurs avatars de la dégénérescence en cours. On y voit des abrutis (pour que les gens se sentent plus intelligents, ou qu’ils se reconnaissent, selon les cas) qui se mesurent entre eux, pour séduire un abruti encore plus con qu’eux-mêmes. Si, c’est possible. Toutes les déclinaisons étant possibles : quatre gonzesses pour un mec, le contraire, un gars et quatre gars, une fille et quatre filles, un chien et quatre salopes, ah non, ça y a pas encore. Bref, le but étant que les prétendants vont, dans un temps imparti et chacun leur tour, tenter de séduire le beau célibataire, si ça marche ils vont avoir le choix entre du pognon (entre 1 et 20 dollars en général) ou une heure de plus, sinon c’est « next », au suivant. Au-delà de la parfaite immoralité mercantile du concept et du triomphe du corps sur l’esprit, c’est hilarant de connerie. Déroulement de l’émission, la voix-off présente les candidats : « Brenda, 18 ans, Michigan, elle aime Enrique Iglesias parce qu’il est super mignon et elle a déjà goûté son caca. » Donc, on filme Brenda dans le bus Next, faisant semblant de sympathiser avec ses concurrentes, lesquelles s’empressent de la traiter de boudin dès qu’elle sort. Ensuite Brenda joue au golf avec John, ils échangent alors des points de vue hautement métaphysiques sur l’absurdité de nos conditions d’existence dans l’univers infini : « dis, John, tu penses que les filles aiment les grosses motos ?
- Mais carrément trop pas Brenda ! C’est carrément trop clair que les filles préfèrent les voitures décapotables, quoi, j’veux dire.
- Wow John, je suis méga carrément en accord cosmique avec ta personne !
- Wow, moi aussi Brenda, mais t’as des nichons carrément trop petits, next ! »

Après cette aventure hautement mystique, Brenda explique à la caméra que de toute façon, John à une coupe de cheveux trop naze et qu’elle n’en a rien à secouer de sa tronche d’intello démocrate. Enfin elle revient dans le bus, pour expliquer à ses concurrentes que John est un gros loser, puis en profite pour casser la deuxième concurrente qui vient de sortir du bus et qui, en plus, a un gros cul. À la fin de cette passionnante émission, John repart tout seul comme un gland, pour retourner à sa vie débile de quaterback, entre deux springbreaks et trois branlettes sur un poster de Pamela Anderson. Brenda et ses nouvelles copines qu’elle ne reverra jamais rentrent chez elles. C’est con, si elles avaient sympathisé elles auraient pu partager leurs gains et se payer une nouvelle coupe de cheveux.

lundi 6 octobre 2008