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TERMINATOR RENAISSANCE/LES BEAUX GOSSES/ MESRINE



TERMINATOR : RENAISSANCE

(TERMINATOR : SALVATION, USA, GB, ALL, 2009) DE MCG, AVEC CHRISTIAN BALE, SAM WORTHINGTON, ANTON YELCHIN, MOON BLOODGOOD, BRYCE DALLAS HOWARD, COMMON, JADAGRACE BERRY, MICHAEL IRONSIDE ET HELENA BONHAM CARTER.

Encore un Terminator, on commence à se demander si ça va s’arrêter un jour et si, au dernier épisode, le futur du film ne sera pas le passé de la réalité. Justement on en est pas loin, le futur du premierTerminator, 2028, est à dix ans du quatrième, qui en fait s’appelle plus « Rédemption » que « Renaissance » mais passons les subtilités incompréhensibles des traducteurs français. John Connor, le héros qui n’était pas né dans le 1, qui avait 13 ans dans le 2 et 21 dans le 3 a désormais la trentaine et est devenu le chef limite messianique de la résistance contre les machines. Oui, parce que c’est la guerre contre les machines, (vous aviez qu’à regarder la première trilogie, on va pas tout vous expliquer non plus,) et Connor doit les empêcher de tuer Kyle Reese, son futur et passé père, qui a 17 ans en 2018 mais qui en aura 27 en 1984, oui c’est compliqué.

Il faut tout de même avouer que ce Terminator 4 est réalisé avec maestria, ce que nous n’aurions jamais pensé dire de Joseph Mc Ginty Nichol, coupable des énervants et improbables Charlie’s Angels 1 et 2. Ici, MCG se calme sur les effets « clipesques » et les incohérences absurdes et spectaculaires, genre sauts périlleux de trente mètres en hauteur (on voit quand même un crash d’hélicoptère sans une égratignure et on se demande par quel paradoxe temporel, John a oublié toute son enfance), cela donne des cadres audacieux, des effets de perspective déstabilisants et un rythme palpitant.

Seul écueil à ce réalisme noir qui envahit Hollywood depuis Dark Knight, une image grise sépia, qui passe bien chez Spielberg mais qui, ici, est extrêmement artificielle et inutile. Le futur est apocalyptique, pas besoin que le ciel soit délavé pour qu’on s’en rende compte ou pour produire un style esthétique. À part ça ? Pas grand-chose il faut bien l’admettre, certes un divertissement bien rôdé, des scènes d’actions millimétrées, des acteurs convaincants mais c’est tout. Les dialogues sont plats, et le degré de réflexion s’approche du zéro. On sent une amorce de message sur les émotions qui nous placent en supérieurs des machines et un vague souvenir de paradoxe temporel qui faisait la force des premiers Terminator. Pourtant, on sent quand même qu’on joue sur l’effet nostalgie (le T-800 avec la tête de Schwartzie, les bandes de Sarah Connor,) et le souvenir des villes contemporaines rasées par des cyborgs du futur, qu’un destin immuable nous amènera fatalement, provoque à la vision de Terminator : Renaissance un sentiment d’inachevé et de mélancolie. Attendons tout de même les deux films suivants pour juger.

LES BEAUX GOSSES

DE RIAD SATTOUF, AVEC VINCENT LACOSTE, ANTHONY SONIGO, ALICE TRÉMOLIÈRES…

Deux ados maladroits rêvent de sortir, enfin avec une fille. Mais la réalité peut s’avérer décevante.

Riad Sattouf génial scénariste et dessinateur de La vie secrète des jeunes, nous propose presque sa BD en film. On y retrouve son regard journalistique et sociologique sur l’adolescence, ses paradoxes, sa fraîcheur, sa bêtise et son absurdité. Pourtant, malgré le pathétique de leur situation et la débilité triviale absolue de leurs attitudes et déclarations, ces petits cons nous font rire et même parfois, nous touchent. Seul bémol à cette réjouissante comédie dramatique, sans vouloir critiquer l’artiste, le manque de profondeur de la mise en scène de Sattouf, aussi plate que son dessin, qui malgré un sens du détail qu’on retrouve dans les deux supports, reste un peu basique. Les Beaux Gosses demeure néanmoins, éminemment sympathique et son visionnage est chaleureusement recommandé.

MESRINE : L’INTINCT DE MORT/ MESRINE : L’ENNEMI PUBLIC N°1

DE JEAN-FRANÇOIS RICHET, AVEC VINCENT CASSEL, CÉCILE DE FRANCE, LUDIVINE SAGNIER, GÉRARD DEPARDIEU…

L’épopée en deux films d’un des plus grands braqueurs de France, de la guerre d’Algérie à son assassinat.

Mesrine, fait partie de ces films difficiles à commenter. Tout d’abord car les deux films ne se valent pas, et ensuite car chacun des deux films possèdent des qualités et des défauts. La qualité essentielle du premier réside dans l’intensité dramatique de la vie de Mesrine, et de ses rapports avec les autres. Grâce à l’interprétation de Cassel, on sent les contradictions qui animent le personnage et les frustrations qui construiront sa colère et sa haine de la société. Le défaut principal réside dans l’ambigüité qui en résulte : Mesrine est un salaud mais ce n’est pas sa faute. Enfin, cette orientation biographique et psychologique, bien qu’extrêmement réussie et relativement bien rythmée et filmée, se fait parfois au détriment de l’action et n’échappent pas à quelques lourdeurs et clichés du polar, on loue toutefois le passage de la prison canadienne où Richet fait preuve d’une maestria jubilatoire à la Don Siegel.

Le deuxième opus se révèle un peu le miroir déformant du premier, et ses lacunes deviennent les excès du second. L’ennemi public essaie apparemment de combler le "manque" d’action de l’instinct de mort et pour la peine en fait trop dans l’enchevêtrement de scènes de braquages, entrecoupées de scènes dans l’intimité du braqueur et du kidnapping d’un vieux milliardaire, qui bien que révélant l’absurdité de Mesrine, s’avère très ennuyeuse. L’ennemi public vaut pourtant son pesant d’or, dans le duel entre Mesrine et le commissaire Brossard notamment, en particulier dans la scène de son arrestation, très Michael Mann.

En résumé le diptyque de Richet contient quelques grands moments de cinéma comme il a déjà su le faire dans Assaut sur le central 13 ou ma 6-T va crack-er, mais il s’essouffle parfois par un style trop démonstratif et une volonté de tout raconter, entraînant quelques lourdeurs. Malgré tout, les deux films possèdent un atout majeur, ils retracent des faits ayant eu lieu, malgré la propension à la mythomanie de celui qui les raconte, Mesrine lui-même. Ce moule d’authenticité crée une profondeur et un certain malaise, qui donnent un intérêt et une fascination à un polar un peu classique.

mercredi 20 janvier 2010