O'zons

SHUTTER ISLAND. LA HORDE. GAINSBOURG VIE HEROIQUE. LOVELY BONES



SHUTTER ISLAND

DE MARTIN SCORSESE, AVEC LEONARDO DI CAPRIO, MARK RUFFALO… En 1954, deux agents du FBI enquêtent sur la disparition mystérieuse d’une femme dans un hôpital psychiatrique, situé sur une île isolée. Dès les premières minutes, le maître nous plonge dans une ambiance glauque et mystérieuse, et on sait que ce voyage au sein de la folie, transformera ses protagonistes au plus profond. Basé sur un bouquin de Dennis Lahane (Mystic River…), on savait déjà que l’ambiance serait poisseuse, et qu’on plongerait dans les méandres de la noirceur humaine. Mais Shutter Island est bien plus que ça, en plus d’un polar intriguant, où chaque plan est un chef d’œuvre, le film est une OPA sur le cerveau du spectateur, qui finit très vite par se perdre avec les acteurs dans ce labyrinthe psychologique, où la limite avec le surnaturel finit par emmener un flot supplémentaire de questions rationnelles à ce génial casse-tête. Scorsese nous balade avec plaisir tout le long de son torrent aux courants contradictoires, jusqu’au vertigineux dénouement. Shutter Island est à hurler d’admiration et à détenir absolument.

LA HORDE

DE YANNICK DAHAN, BENJAMIN ROCHER AVEC CLAUDE PERRON, JEAN-PIERRE MARTINS, ÉRIQ EBOUANEY…

Parti pour une vendetta, un groupe de policiers, investit une cité parisienne, pas cool, ils sont encerclés par une horde de zombies. Film de fan, film pour fans, La Horde est sans prétentions. Le critique le plus drôle de France se met enfin derrière la caméra avec son pote Rocher. Et, c’est bien. Réalisation impeccable, dialogues irrésistiblement nuls et absurdes, action hautement improbable, on reconnaît là l’influence des maîtres Romero et Carpenter (entres autres) et c’est jouissif. Certes, La Horde n’apporte rien, mais alors rien du tout au thème, mais on se délecte de ce nanar hilarant et formidablement gore. Encore.

GAINSBOURG (VIE HÉROÏQUE)

DE JOANN SFAR AVEC ERIC ELMOSNINO, LUCY GORDON, LAETICIA CASTA… La vie de Gainsbourg, avec plein de raccourcis. On ne sait pas trop quoi penser de cet étrange biopic, aussi étrange que l’œuvre dessinée de son réalisateur. Sfar, marque des points par un travail sur l’image assez esthétique, mais en perd par un manque d’équilibre entre les scènes réalistes et oniriques, et quelques lenteurs qui nuisent à la fluidité du récit. L’idée que Gainsbourg est possédé par un double « maléfique », entre démon, incarnation du subconscient ou simple fantôme, est une trouvaille originale, mais son omniprésence et le fait qu’il serve de prétexte à chaque débordement de Serge devient vite agaçant. Au-delà de cet élément, le casting est réussi, quelques bonnes phrases et de belles scènes de création musicale, parviennent à maintenir l’intérêt, en plus de la troublante ressemblance entre Gainsbourg et Elmosnino.

LOVELY BONES

DE PETER JACKSON AVEC SAOIRSE RONAN, MARK WAHLBERG, STANLEY TUCCI… Une adolescente assassinée (qui ressemble à Sylvie Testud), observe de l’au-delà, l’évolution de la situation…

Malgré un postulat de base plutôt attrayant, Peter Jackson (Le seigneur des anneaux, King Kong…) se plante avec joie dans le mur avec son bolide pseudo métaphysique. Il nous entraîne dans des abysses infinies d’ennui sidéral numérique, se perdant entre trois genres cinématographiques qu’il massacre allègrement. Le premier et de loin, le meilleur est le thriller à psychopathes, avec des scènes flippantes à souhait menées de main de maître par un Stanley Tucci (déguisé en Bruno Carette) pédophile et terrifiant. Pourtant cela tourne vite au vinaigre, l’enquête n’avance pas, car les perspicaces policiers n’ont pas remarqué que le voisin était un psychopathe pédophile, malgré dix minutes à fixer son regard de pervers devant sa maison de poupées miniatures. C’est ballot.

Le deuxième genre, encore plus hasardeux : le film dit fantastique, avec gentil fantôme perdu dans les limbes, nous livrant un au-delà onirique, beau comme une pub de lessive, aussi ridicule qu’absurde. Soyons cohérent, s’il y a une vie après la mort elle devrait, en théorie, obéir à des règles logiques, en opposition à l’absence de sens d’une mort athée et nihiliste. Ici, on nage en plein n’importe quoi, le purgatoire serait le monde des rêves, un genre de sous Paradis où toutes les victimes du pédophile s’y retrouveraient pour se guider. Mais dommage, les guides sont aussi paumées que la nouvelle défunte, qui veut rester sur Terre mais qui ne peut pas, mais finalement si, parce qu’elle n’a pas encore compris le sens de sa mort. D’ailleurs, elle ne le comprendra pas, nous non plus, dommage. Elle ne pourra pas non plus intervenir dans les affaires terrestres et donc, nous assommera de ses commentaires lénifiants et lacrymaux sur l’impunité de son tueur et sur le bel éphèbe qui ne la déflorera jamais et c’est triste parce qu’elle l’aimait, snif.

Enfin, Jackson nous achève dans le genre qu’il avait mieux réussi avec Créatures Célestes : le drame psychologique. Ce qu’il y a de vraiment dramatique, c’est la foirade d’un grand réalisateur, perdu dans un interminable enchaînement de scènes aussi larmoyantes que niaises, dignes d’un épisode de Candy, autour de la petite maison dans la prairie, au pays des merveilles.

Lovely Bones aurait pu être un thriller fantastique haletant, Jackson en fait un navet tire-larmes et interminable. Honteux, poubelle.

jeudi 12 août 2010