O'zons

POLITIKO’ZONS

SARKO, SUPER-PRÉSIDENT


Votre humble narrateur tombe des nues. Après s’être réveillé d’une longue hibernation, due à une consommation excessive de drogues hallucinogènes, afin d’oublier le résultat incompréhensible de l’élection présidentielle ; voici un violent retour à la réalité. En effet, c’est sidérant, Nicolas Sarkozy est vraiment président de la république. Il a même un gouvernement ! Nous avons donc décidé d’enquêter, afin de déterminer l’orientation de sa politique et de ses éventuelles mesures.

L’un dans l’autre, comme la sodomie

La première chose qui a frappé l’esprit embrumé de votre serviteur (moi, en fait), c’est la prolifération de ministres et leur anonymat, à la limite de l’invisibilité. En fait, ce sont surtout les innombrables secrétaires d’État qui trompent. Traditionnellement, c’était un secrétaire par ministère pas cinq. C’est sûrement ça, la rupture. Cela dit, la question que l’on est en droit de se poser, au delà de la destination finale de notre pognon, c’est en quoi consiste leur job. Les deux questions n’étant pas totalement sans rapport. D’une première intuition, on se dit que tant de réformes donnent beaucoup de boulot. Cependant, une réflexion plus poussée nous susurre qu’il y en a un qui se gratte le cul, pendant que les autres se le cassent. Ou l’inverse. Il y en a au moins cinq qui ne servent à rien : Roger Karoutchi, secrétaire du premier ministre Fillon, lui-même inutile, puisque Sarko fait son boulot et Laurent Wauquiez, deuxième secrétaire et porte-parole, qui n’a rien à dire, puisque Fillon est déjà porte-parole du premier ministre Sarkozy. Trois fois rien. De même qu’Éric Besson (Judas pour les intimes), qui refait le boulot d’Éric Woerth à l’économie mais en virtuel. En fait, il calcule les budgets des lois votées dans le futur, mais il fait semblant puisque les caisses sont vides, c’est Fillon qui l’a dit. Fascinant.

Pour suivre cet ordre d’idée, Éric Woerth fait le boulot de Christine Lagarde, qui, en tant que ministre de l’économie devrait aussi gérer le budget, le social et les fonctionnaires. Jean-Louis Borloo est au nouveau ministère de l’écologie qui se développe durablement, un ancien sous-secrétariat de l’agriculture. Donc, on ne sait pas ce que fait Michel Barnier. En fait, c’est Nathalie Kosciusko-Morizet qui bosse. Borloo est trop pris par les cocktails au ministère et les baignades en slip dans les îles. Barnier, on ne sait pas, on le répète. Vu sa tronche de cake, c’est le genre à collectionner des modèles réduits de camions de gendarmerie.

Enfin, c’est pareil pour Xavier Bertrand et André Santini, Laporte et Bachelot, Boutin et Amara et surtout pour Kouchner, alias Judas junior. Sa fonction c’est ministre des affaires étrangères par intérim. Il fonctionne par rotation avec Rama Yade, Jean-Marie Bockel (Judas IIIème du nom) et Jean-Pierre Jouvet (on ne sait pas qui c’est non plus). Les deux derniers étant des emplois fictifs, c’est Rama qui bosse (toujours les mêmes). Vu qu’on ne la laisse parler des droits de l’homme que quand ça ne dérange pas la Chine, la Lybie ou la Russie, il faut bien l’occuper. Bernard n’a pas le temps, entre pistonner Dame Christine à TV5 et ses cours à l’Actors Studio, il est débordé. Deux ministres n’ont pas de secrétaires : Rachida Dati à la justice et Christine Albanel à la culture : soit elles sont excessivement compétentes, soit ce ne sont pas des ministères importants.

Efficacité, sécurité, fiscalité

On se dit, par conséquent, qu’avec tous ces gens glamour et compétents, l’action du gouvernement doit être exceptionnelle. On me glisse à l’oreille que la Gauche a gagné les municipales (nous aussi on a des scoops), Sarkozy nous aurait menti ? Nous ne pouvons le croire, nous sommes allés nous en enquérir. Les français sont exigeants, le pouvoir d’achat est relancé, enfin pas encore mais ça va pas tarder. Madame Lagarde, dont la sagesse nous conseillait tantôt de faire du vélo pour économiser l’essence, a déjà entrepris un plan de modernisation de l’économie. Et en quatre étapes attention ! Ça déconne pas, elle l’explique dans un journal de propagande, pardon de finances. La première étape consiste à baisser les charges des entreprises, pour soi-disant aider à la création. C’est bien, mais on ne parle pas des trois autres étapes. C’est déjà fait, c’est pour ça : le bouclier fiscal, la baisse de l’ISF et l’augmentation des salaires des ministres et du président. Conclusion : Lagarde c’est la ministre de l’économie de nos salaires, des finances pour les patrons, et de l’emploi forcé des chômeurs radiés de l’ANPE après avoir refusé trois emplois précaires payés moins que le RMI. Pour relancer la croissance, le gouvernement prie Dieu tous les soirs, donc pas d’inquiétude.

Et l’écologie c’est sérieux, ils on fait le grenelle. Donc c’est bon, y a plus rien à faire. C’est le développement durable, ça prend effet dans un siècle, c’est logique. À l’intérieur, tout va bien puisque Sarkozy a tout réglé quand il y était. Brice Hortefeux finit le travail, il y a encore une centaine de sans-papiers qui ne sont pas expulsés dans les charters ou par les fenêtres. Français dormez tranquilles, vos emplois sont saufs et votre ADN restera pur. À l’éducation ça baigne, simplification de la carte scolaire, harmonisation des programmes, aide aux petits handicapés. Normal, on veut couper les allocs, il faudra apprendre à ces feignasses à bosser. En plus, les enfants seront incollables sur la shoah et la résistance. Nos gosses seront prêts pour le quatrième Reich, que de demande le peuple ?

Pour la défense, Hervé Morin ne fait rien, pas le temps, il joue au tiercé. Son secrétaire, Alain Marleix s’occupe des anciens combattants. Il bosse une fois par an. Comme il n’en reste plus beaucoup, il sera bientôt en phase totale avec eux, entre fantômes on se comprend. Enfin, pour faire taire les droits de l’hommiste gauchistes de mauvaise foi qui nient l’action fantastique de ce génial gouvernement du sublime président qui provoque un orgasme d’un seul mouvement d’épaule frénétique, nous parlerons justice. « Justice pour tous », comme le dit Rachida. Même les enfants. En taule, les délinquants récidivistes de 16 ans ; au lieu de les aider financièrement pour les empêcher de basculer. Quel courage aussi de fermer les tribunaux de campagnes ; ils prendront le train, les ploucs. Enfin, Rachida veut humaniser les prisons. C’est logique, vu qu’il va y avoir de plus en plus de monde et qu’ils ne sortiront pas d’aussitôt, autant que le séjour soit plus plaisant. Enfin la loi de rétention. L’opposition reconnaît le droit aux victimes, mais ne comprend pas la dictature de l’émotion plus importante que la République et ses valeurs ringardes où l’accusé est innocent avant qu’on ait prouvé sa culpabilité. On tire d’abord et on questionne ensuite, c’est beaucoup mieux.

Officiellement un million de français fument des joints, les autres boivent ou se shootent au Prozac, on se demande bien pourquoi : selon Nicolas et ses amis, tout va bien. Un peu comme au temps de la propagande staliniste mais à droite. Des valeurs du partage et du collectif, on passe au chacun pour sa gueule et à l’acquisition de biens ostentatoires, mais on nous dit le contraire. On vous avait prévenus.

jeudi 15 mai 2008