
DE ZACK SNYDER, AVEC JACKIE EARL HALEY (RORSCHACH), PATRICK WILSON (LE HIBOU), MALIN ACKERMAN (SPECTRE SOYEUX), MATTHEW GOODE (OZYMANDIAS), BILLY CRUDUP (DR. MANHATTAN), JEFFREY DEAN MORGAN (LE COMÉDIEN)…
Prévue depuis des années, après que plusieurs noms aient circulé (Gilliam, Pendergrass, Aronofsky…) c’est finalement Zack Snyder, dynamique réal de L’Armée des Morts et de 300 qui s’attaque au plus profond comic-book de tous les temps.
Histoire ultra complexe et dense, se déroulant sur plusieurs niveaux, Watchmen narre une Amérique alternative des années 40 à 80, dans laquelle les super-héros masqués existent vraiment. En 1985, Nixon est toujours président, les Watchmen, qui lui ont fait gagner la guerre du Vietnam et sa réélection, sont démantelés, et l’horloge symbolisant la guerre froide et à minuit moins cinq, donc au bord de l’apocalypse nucléaire.
C’est dans ce contexte un brin tendu, que démarre l’enquête de Rorschach, le détective psychopathe et moraliste, sur la mort du Comédien, son ancien camarade des Watchmen.
Difficile de juger l’adaptation de Snyder sans la comparer avec la BD. On peut déjà souligner la fidélité au récit d’Alan Moore, et la symétrie visuelle qui était le mot d’ordre des planches de Dave Gibbons. Pourtant, il reste quand même un petit goût d’amertume après la vision du film. Ce n’est pas tant les petites trahisons nécessaires, de la chronologie de Moore, ni le rajout d’images et de dialogues illustrant les nombreuses pages de texte, ni même le changement de la fin qui passe bien sur papier mais qui aurait fait série B à l’écran.
Non, ce qui gêne vraiment, c’est que ce désir de perfection se manifeste par une surenchère visuelle boursouflée, qui parvient à nuire à l’enchaînement de l’histoire. Images clippées, ralentis, effets de style inutiles, surenchère de violence contraire à la quasi-pudeur de la BD... Enfin, les 2h40 de pellicule, qu’on sait nécessaires quand on a lu les 400 pages de Moore et Gibbons, risquent d’ennuyer le spectateur non initié, surtout si celui-ci se déplace en pensant voir un film de super-héros lambda où l’action prime sur les sentiments des personnages et les dialogues.
Pourtant, malgré ces quelques défauts, Watchmen reste l’adaptation d’un chef-d’œuvre et on retrouve les éléments qui le caractérisent dans le scénario de David Hayter (X-Men 2) et Alex Tse. Personnages fascinants, noirceur réaliste, politique (les super-héros sont-ils de droite ?) réflexion sur le bien et le mal, la place de l’espoir et de l’amour dans le chaos ambiant. Enfin et surtout : la fin justifie-t-elle les moyens ?
La vision nietzschéenne de Moore est bien présente, et ces héros fatigués, désabusés, cyniques et fachos restent aussi passionnants et novateurs qu’ils l’étaient sur papier, et nous laissent un malaise fasciné. Aussi contradictoire que ce film bizarre, plus BD qui bouge que réelle œuvre cinématographique cohérente, malgré des moments intenses de maestria, encadrées jusqu’à l’obsession.

lundi 30 mars 2009