O'zons

American Gangster, Ridicule, Le Loup-Garou De Londres, Street Fighter



AMERICAN GANGSTER

(USA, 2007) DE RIDLEY SCOTT, AVEC DENZEL WASHINGTON, RUSSEL CROWE, JOSH BROLIN… Années 70. Frank Lucas organise un lucratif business d’héroïne avec son cousin, militaire au Vietnam. En ramenant de la blanche pure dans des cercueils de soldats, revendue à bas prix, Lucas devient le plus grand trafiquant des USA et va attirer l’attention d’un flic incorruptible, qui va le traquer sans relâche.

Avec son entrée en matière hallucinante, on reconnaît directement la maestria de Monsieur Scott. On passe en immersion directe dans le monde de la pègre new-yorkaise des années 70, avec bande-son orgasmique. Caméra fluide, scénario réalité (Lucas existe vraiment), personnages empathiques, image léchée, rythme savamment dosé et réflexion sur la morale. On frôle le chef-d’œuvre ? Pourtant non, malgré des qualités indéniables et une vision plaisante, American Gangster laisse une empreinte légère, un sentiment un peu anecdotique, voire vain. Il manque cette étincelle rageuse qu’ont eue DePalma pour Scarface ou Scorsese pour Les Affranchis, notamment, et qui ont érigé le polar mafieux au rang d’œuvres majeures. Cette réserve divulguée, Ridley Scott n’a pas de quoi rougir de son film, qui reste d’un cru parfaitement délectable.

RIDICULE

(FRANCE, 1995) DE PATRICE LECONTE, AVEC CHARLES BERLING, JEAN ROCHEFORT, JUDITH GODRÈCHE, FANNY ARDANT, BERNARD GIRAUDEAU… Un jeune noble déchu monte à la cour de Louis XVI, pour proposer au roi un projet sanitaire dans le Doubs. Seul moyen d’attirer l’attention du monarque, pénétrer la cour et sa noblesse cynique.

Comédie acide et miroir de la France d’avant la révolution, Ridicule est un film à posséder absolument. Réflexion amère sur la noblesse, et sa pseudo spiritualité verbale dont la seule peur est de ne pas trouver de répartie cinglante ou de paraître ridicule d’une manière ou d’une autre. À travers les dialogues ciselés et hilarants de Rémy Waterhouse, Ridicule atteint des sommets de jubilation linguistique et nous renvoie à l’absurde d’une société mondaine superficielle et orgueilleuse ; exactement la même qu’aujourd’hui, dans les cocktails, dans les sphères politiques et sur les plateaux télé. Dans ce jeu de massacre où Brice De Nice casserait ses victimes en français littéraire, on constate avec effarement la pathétique arrogance de personnes dont l’humanité est inférieurement proportionnelle à leur position sociale. Jusqu’à leur déchéance, aussi ridicule que leur gloire. Un petit chef d’œuvre.

LE LOUP-GAROU DE LONDRES

(An American werewolf in London, USA/ROYAUME-UNI, 1981) DE JOHN LANDIS, AVEC DAVID NAUGHTON, GRIFFIN DUNNE, JENNY AGUTTER… Deux étudiants américains partent en vadrouille en Angleterre, dans la nuit ils sont attaqués par un loup-garou. L’un meurt et, son fantôme vient prévenir le deuxième qu’il serait très sage de se suicider avant la prochaine lune. Il ne le fait pas, heureusement, parce que sinon, le film ne serait pas très long. Pour ceux qui ne connaîtraient pas ce film, par ignorance ou snobisme, il faut savoir qu’il a insufflé une révolution inspiratrice au film d’horreur. D’abord, parce que les effets spéciaux et les techniques de maquillage, ont fait un pas de géant, qui se prolongerait jusqu’aux effets numériques à la fin des années 80. Un pas capital, dans un genre jusque là, dominé par des monstres en carton et des effets plus drôles que flippants. Mais l’innovation, devenue norme aujourd’hui, c’est l’humour. Landis a inventé l’épouvante qui fait aussi marrer, donnant enfin une autre dimension à un genre qui, souvent, faisait cet effet de manière involontaire. Dialogues génialement cons, décalage culturel, situations absurdes et ré-exploration d’un mythe éculé, font du Loup-garou de Londres un film absolument culte.

STREET FIGHTER

(USA, 1995) DE STEVEN E. DE SOUZA, AVEC JEAN-CLAUDE VAN DAMME, RAUL JULIA… Adaptation du jeu vidéo de chez Capcom du même nom, Street Fighter raconte comment Guile va péter la gueule à M.Bison et ses potes.

On l’a bien compris, cette édition collector sort pour la promo de la nouvelle version du jeu, et la prochaine sortie en salles de la suite, The Legend Of Chun-Li. Bizarrement, De Souza, n’a pas fait que de la merde, il a écrit les Die Hard et foultitude de films d’action potables. Bon, ok, il a aussi écrit K 2000, Super Jenny et Commando… Mais à la limite, ce film improbable est peut-être à l’image de Commando, au trente-huitième degré. Car, oui c’est vrai, paradoxalement, Street Fighter est excellent, tellement nul que cela en devient génial. Street Fighter, c’est le navet ultime : des dialogues parfaitement débiles, illustrant un scénar aussi inexistant que dans le jeu et logique comme un aphorisme de son acteur principal ; des combats parfaitement chiants, raides et prenants comme un épisode des Power Rangers (alors que la technologie permettait déjà de reproduire les coups spéciaux qui font le succès du jeu) ; enfin, une adaptation aussi fidèle qu’une candidate de l’île de la tentation. On voit bien que Steven connaît aussi bien les personnages, que Sarkozy connaît la Blackspoitation. Non seulement les acteurs correspondent aux personnages comme Roselyne Bachelot ressemble à Angelina Jolie (le directeur de casting a sûrement péri sur une chaise électrique), mais en plus, certains ont changé de camp entre le jeu et le film. Encore mieux : Guile est devenu le personnage principal à la place de Ryu et Ken. On peut comprendre sans excuser, que pour un pays qui butait du Jaune au mètre carré pendant dix ans au Vietnam, un héros asiatique, ça le faisait moyen ; mais pourquoi Guile, alors que Ken est américain et blond, lui aussi ? On sait pas, en revanche, on est complètement conscients, (aware en anglais) que la vision de ce film peut, sous peine d’absorption de produits divers, peut provoquer une hilarité violente, cause éventuelle de crampes musculaires ou de soudaine incontinence. On peut aussi perdre deux heures à voir un film parfaitement mauvais.

lundi 30 mars 2009