
DE MARC FOSTER, AVEC DANIEL CRAIG, GIANCARLO GIANNINI, JUDI DENCH, MATHIEU AMALRIC …
007 poursuit Quantum, l’organisation responsable de la mort de Vesper, dans sa quête de vengeance, il va se mettre à dos le MI6 et la CIA…
C’est avec beaucoup de tristesse que nous vous annonçons le décès de James Bond. En effet, le 007 que nous connaissions, classe, plein d’humour et héroïque est mort, remplacé par un avatar de Jason Bourne, cynique et désabusé. Oui, on comprend que James est aigri de la trahison de Vesper, qu’il est obsédé par la vengeance , qu’il découvre que la CIA est une bande de pourris qui traitent avec des dictateurs boliviens et un écolo milliardaire bidon, français en plus, le salaud ; qu’il aimerait aussi résoudre son complexe d’Oedipe avec M, mais pas de bol, elle est trop vieille. Vous l’aurez compris, la déception est de mise pour ce 22ème 007, dont la réalisation très fluide du réalisateur de Neverland et les scènes d’actions spectaculaires, ne sauvent pas l’âme de Bond. On se croirait dans un sous Jason Bourne croisé avec Die Hard. À tel point que pendant un moment on ne sait même plus que c’est un James Bond qu’on regarde ; même Q a disparu, les gadgets avec. Daniel Craig extermine tout ce qui bouge d’un regard glacial, le transformant en Terminator bling-bling. Deux ou trois remarques ironiques, un décor vaguement exotique, deux James Bond girls quelconques, et Craig se présentant dans une soirée, donnent la lointaine illusion de retrouver le plus grand espion de tous les temps.
À part ça, un film d’action standard : enchaînement d’explosions et de poursuites sur la terre, dans le ciel et en mer, pendant qu’un gorille surveille la salle pour vérifier qu’on ne filme pas l’écran. Pas si mal mais un peu écœurant. Quantum of Solace signifie « quantité de consolation », elle est minime.
(HELLBOY II : THE GOLDEN ARMY) DE GUILLERMO DEL TORO. AVEC RON PERLMAN, SELMA BLAIR, DOUG JONES…

Le prince en exil du monde souterrain, (celui des elfes et des trolls, le vrai monde en fait) veut récupérer la couronne et ainsi commander une armée mécanique blindée d’or et invincible, afin de se venger des humains. Hellboy et ses amis du Bureau de Recherche et Défense Paranormal sont sur le coup.
Le génial Guillermo Del Toro s’attaque de nouveau au comic-book mythique de Mike Mignola, et l’inspiration est encore au rendez-vous. Humour potache, personnages fascinants, action dynamique et réalisation fluide, Hellboy II est vraiment enthousiasmant. On peut évidemment lui trouver des défauts, un scénario un peu court, un aspect tous publics parfois agaçant notamment, pourtant il est difficile de ne pas voir le reste. À savoir le bonheur enfantin d’être transporté par la magie de ces mondes souterrains, par la beauté cachée de ces monstres. À travers la référence à celui de Frankenstein, Del Toro distille une poésie inattendue, un hymne à l’amour absolue et une métaphore de l’aliénation. Quel monde choisir quand on est un étranger des deux côtés ? À moins d’être allergique aux monstres, allez-y la conscience tranquille.
DE JEAN-PATRICK BENES ET ALLAN MAUDUIT, AVEC MARILOU BERRY, FRÉDÉRIQUE BEL, PIERRE FRANCOIS MARTIN-LAVAL, JOSÉPHINE DE MEAUX, THOMAS NJIJOL, CHANTAL LAUBY, ALICE POL…
Mélanie Lupin est trop gentille et son entourage en profite avec sadisme. Après une ultime humiliation, elle décide de se venger, mais passer d’un extrême à l’autre n’est pas si simple.
Enfin une comédie drôle ! Premier film de deux fous furieux fans de gore et du Frat Pack de Ben Stiller, Vilaine est à pisser de rire (mais sans scènes gore, dommage). Rythme déchaîné, clins d’œil parodiques, dialogues hilarants, personnages hystériques et dénonce en filigrane. Marilou détonne dans cette anti Amélie Poulin, le reste du casting se donne à fond, porté par l’enthousiasme de deux scénaristes-réalisateurs déjantés, passionnés et gravement géniaux. On applaudit des deux mains et des deux pieds en contemplant nos poumons gisant dans une mare de sang, expulsés par une overdose de rire.
D’ANTOINE DE MAXIMY. AVEC LUI-MÊME ET DES AMÉRICAINS SYMPAS.
Antoine De Maximy, le baroudeur optimiste de la télé parcours les USA en long en large et en travers, à la rencontre des vrais américains.
Version longue de la célèbre émission télévisée, J’irai dormir à Hollywood est un road movie réussi. À travers son aspect improvisé, sa constante bonne humeur et son absence voulue de pédagogie, il fait son office. Le film amuse, divertit et, sans le vouloir, imprime la vérité du pays sur image. On contemple la vraie Amérique, celle qu’on ne voit jamais, qui galère tout en restant optimiste, humaine et hospitalière. Celle aussi de la misère, de la diversité ethnique et sociale, du communautarisme, de la paranoïa post 11 septembre, des contrastes et de l’exclusion. Le paradoxe américain dans toute sa splendeur, et dans la fascination qui en découle. On adore.
D’ÉTIENNE CHATILIEZ, AVEC VALÉRIE LEMERCIER, ANTHONY KAVANAGH, ISABELLE NANTY, JEAN ROCHEFORT…
Agathe Cléry, directrice de marketing dans une boîte de cosmétique, contracte une maladie de peau et devient noire. Un cauchemar pour la raciste qu’elle est.
On a beau admirer le talent de Chatiliez et se repasser en boucle Tanguy ou La vie est un long fleuve tranquille, on a du mal avec celui-ci. En effet, à moins d’être un inconditionnel des Parapluies de Cherbourg, il est difficile de se consoler des quelques bons gags d’Agathe Cléry. Difficile, si l’on n’aime pas les comédies musicales de supporter sans souffler, l’enchaînement quasi systématique de scénettes à la Broadway qui casse brutalement la continuité du récit. Autant c’était drôle dans ses pubs, cela passe moins bien en film. Ceci dit, on peut, d’une part, reconnaître que ces scènes sont très maîtrisées ; et, d’autre part, que les prestations de Valérie Lemercier compensent. Le reste du casting est convaincant, à part la bande de commères du bureau, un peu appuyés. Enfin, comme toujours, Chatiliez excelle dans la satire sociale et sait encore appuyer là où ça fait mal : la bêtise et la méchanceté humaines, l’une découlant toujours de l’autre. Malheureusement, en voulant atténuer la noirceur du constat sociétal par des scènes chantées, l’auteur casse le réalisme et par là même, le poids de son argumentation. En voulant éviter un ton dramatique et moralisateur, Chatiliez tombe dans l’excès inverse, une légèreté qui atténue l’importance du message. Néanmoins, la vision d’Agathe Cléry reste agréable et les amoureux de comédies musicales seront comblés.
DE FRANCIS VEBER, AVEC RICHARD BERRY, PATRICK TIMSIT, VIRGINIE LEDOYEN, PASCAL ELBÉ, MICHEL AUMONT…
Dans un hôtel, un suicidaire va pourrir la vie au tueur qui se trouve dans la chambre contigüe de la sienne.
Remake du film éponyme, écrit par le même Veber et réalisé par Édouard Molinaro, L’Emmerdeur est l’archétype du style de son auteur. Dialogues hilarants, comiques de situation et duo de clowns. Oui, on se marre, parfois à gorge déployée, pourtant quelques détails restent un peu agaçants. Au-delà du fait que tout avait déjà était dit dans le premier et que les quelques changements n’apportent rien, le problème réside dans le film en soi. Tout d’abord, il est difficile de ne pas sentir la mécanique huilée du comique, c’est trop écrit, ça se voit, ça manque de naturel et on tombe dans l’écueil du Vaudeville et de ses portes qui claquent. Ensuite, il est difficile de faire oublier le duo Ventura (plus froid que jamais) et Brel, (plus dépressif que jamais) qui donnaient à l’original une intensité dramatique et un certain réalisme. Ici, Timsit en fait des caisses, a l’air plus abruti que déprimé, insiste trop sur le côté manipulateur de Pignon et prend le regard froid qu’il arborait dans Landru. Berry, malgré un numéro intéressant de mec sous amphèt’ et, par là même, de passage de clown blanc en Auguste, se croit parfois au théâtre lui aussi. Virginie Ledoyen est un peu plate comme souvent, en revanche Elbé est parfait en connard. Malgré ces défauts flagrants, L’Emmerdeur 2008 fait beaucoup rire ; finalement c’est tout ce qu’on lui demande.
DE PHILIPPE HAΪM, AVEC GÉRARD LANVIN, VAHINA GIOCANTE, NICOLAS DUVAUCHELLE, SIMON ABKARIAN, RACHIDA BRAKNI, MEHDI NEBBOU, KAMEL BELGHAZI…
Le destin de Diane, recrutée par la DGSE et de Pierre par Al Qaeda et les mécanismes de leur instrumentalisation, autour d’un attentat en préparation.
Philippe Haïm, réalisateur éclectique (Barracuda, Les Daltons) s’attaque au film d’espionnage, avec l’humain comme angle. On sent très vite que ce n’est pas l’action qui intéresse le réalisateur perfectionniste mais les mécaniques de la manipulation et le sens du réalisme. En cela le film est très réussi, chaque personnage s’avère être une marionnette qui se croit maître de son destin. Quant au réalisme, il est garanti par une armée de consultants, journalistes, spécialistes en tous genres et anciens (peut-être actuels) des services secrets. Cela donne un film extrêmement méticuleux où chaque détail passe à la loupe de Haïm, dans une réalisation soignée, malgré quelques moments un peu trop appuyés pour métaphoriser les émotions des protagonistes. Cela donne surtout une toile qui colle à la réalité, angoissante, parfois gênante et aussi inimaginable que l’absurde de ce monde.
On assiste, ébahis, à un spectacle irréel et stressant, qu’on sait, au fond de nous, sûrement en dessous de la réalité.
dimanche 30 novembre 2008