O'zons

Le Journal Bidon de Yann Barthès



Pourtant ça avait bien commencé. Yann Barthès faisait une petite rubrique dans le journal infotainment de Denisot. Pudique et discret, on n’entendait que sa voix. Puis, victime de son succès, son cerveau gonfla progressivement, et l’intérêt de son Petit Journal, baissa proportionnellement, en plus de bouffer quasiment à lui tout seul la case en clair de Canal +.

Comment ce journaliste à la tronche de gendre idéal, savamment coiffé et maquillé, avec sa barbe de trois jours pour faire rebelle, est devenu l’idole des jeunes ? Au départ plutôt pertinent, bien que tirant sur les ambulances (les pseudo-peoples et autres stars mégalo, genre Céline Dion), il devînt plus intéressant en s’attaquant aux hommes politiques, principalement Sarkozy. Comme ça fait bien d’être de gauche et de massacrer l’impopulaire président, Barthès s’est engouffré dans la brèche et se l’est jouée satirique. À coup de micros trainants, d’images d’archives juxtaposées à des images actuelles, le Petit Journal parvient à démonter la communication, et les contradictions des politiciens. C’est drôle et efficace, donc ça marche, donne de l’audimat à Denisot et un bon salaire à Barthès. Du coup, il peut s’auto-produire et faire sa propre émission.

C’est chose faite, et pour prouver son énorme talent créatif, Barthès pompe odieusement le Daily Show de Jon Stewart, émission américaine, avec pour seule différence, le décor et la langue. Au programme, la même chose qu’avant mais en plus long, avec des séquences comédie, jouées par l’équipe qui fait tout le boulot, pendant que Yann se la pète journaliste impertinent et pertinent. Une belle mise en scène, autant en plateau, qu’en extérieur. Le journalisme politique n’est qu’un prétexte, le seul but c’est le buzz, histoire de faire des vannes, et donc de l’audimat. Par exemple, Barthès n’aime pas Mélenchon. Comment le faire passer pour un salaud ? C’est simple, on envoie une équipe de jeunes journalistes stagiaires, deux robots programmés à harceler le candidat avec une ou deux questions pré-écrites dans le seul but de l’énerver. Ensuite, magie du montage, on voit à l’image ce salopard de Mélenchon insulter deux pauvres stagiaires qui essaient de faire leur travail. Histoire d’accentuer le côté communiste sectaire, on rajoute au sujet deux ou trois phrases hors contexte, et un final avec l’Internationale, mission accomplie. Quel que soit la personne mise en scène, c’est toujours la même technique, prouvant son talent par le néant intersidéral de son analyse politique. Trop compliqué pour les gens, il leur faut du simpliste, de la bafouille, du lapsus, de la vanne sur les fringues ou les coupes de cheveux. Pourquoi pas deux mecs déguisés en vieilles qui commentent Voici comme les Vamps ? Trop tard ça aussi ils le font.

vendredi 10 février 2012