Une fois par an, se déroule la parodique cérémonie des Gérard, qui récompense les plus grosses daubes télévisuelles. Parmi les catégories, il y en a une qui correspond très bien à la Nouvelle Star : « l’émission qu’au bout d’un moment tu te demandes mais pourquoi je regarde cette merde », ou un truc du genre. En effet, jusqu’à présent, je me demande sérieusement pourquoi je suis accro à ce poison infâme qui me fait perdre deux heures tous les mardis, sans compter les commentaires sur W9, juste en suivant. Penchons-nous un peu au dessus du vide-ordures pour voir si ça pue.
Pour les chanceux qui ne connaîtraient pas encore, la Nouvelle Star, anciennement précédée de « à la recherche de la », (mais c’était un peu long et puis surtout la première saison était un peu à chier, alors pour un souci de communication, il valait mieux s’en démarquer) est l’adaptation, à la virgule près, de American Idol. Le but : des musicos ou producteurs vaguement has-been mais faut pas le dire, forment un jury réputé impitoyable, jugeant des milliers de jeunes souvent cons, qui rêvent de chanter de la soupe devant un public assez sourd pour l’acheter.
En France, les premières moutures ont donné de grands artistes de qualité : Jonathan Cerrada, mais si ! c’est lui qui chante, euh… enfin, il a beaucoup de succès et de talent. Steeve Estatof, qui chante un ersatz de Nirvana en français entre deux rails de coke, vous avez dû le voir une fois. Mais si ! Il a repris On dirait le Sud à la Nouvelle Star. Miss Dominique, mais si !!! Elle a chanté au concert de Nicolas Sarkozy, elle ressemblait un peu à Carole Fredericks. Non ? Bon tant pis. Heureusement, il y a eu de bons résultats, Julien Doré et Christophe Willem. Apparemment des artistes révolutionnaires, qui au vu de leurs ventes, surpassent de loin le talent de Prince ou des Beatles.
On l’aura compris, ce n’est pas le produit fini qui est intéressant (c’est un euphémisme), mais les mécanismes de la dépendance. Car, comme tout bon dealer, les producteurs de ce télé-crochet savent nous faire croire qu’ils nous en vendent de la bonne. En fait, Nouvelle Star c’est une machine infernale de communication, qui se donne l’image contraire de ce qu’elle est. Alors qu’elle est à peu de choses près la même daube que Star Academy, elle s’évertue à nous faire croire qu’elle est l’antre de l’élitisme cool et branché, genre les Inrocks. Pour nous mettre dans l’illusion, le jury est là, impitoyable et près à démonter jusqu’aux larmes, ceux qui chantent faux. Le téléspectateur est désormais accro, confondu par la rigueur du jury, et euphorique à la vue de truies égorgées et chats en rut, qui pensent que leur voix de velours et leur anglais impeccable, les mèneront tout droit sous les projecteurs.
On en arrive presque à oublier les gros plans larmoyants sur le candidat malheureux, avec le caméraman se glissant entre le lycéen boutonneux, fan de Tokio Hotel et à la voix de canard sodomisé et sa maman éplorée, qui explique à la caméra que les jurés sont des salauds et que son fiston adoré chante comme Pavarotti. Malgré l’hilarité au deuxième degré de ce genre de situations ridicules, le trip est de courte durée et la descente est rapide.
On comprend vite que les baisses d’audience de l’année dernière étaient dues à un casting un brin trop rock (du moins pour la ménagère), alors on rattrape le coup cette année. À moins que le jury ait trop abusé de substances illicites. Les candidats sont de plus en plus moyens, font leurs vocalises sur la playlist de Chérie FM et en arrivent à chanter aussi bien que le leader d’Indochine (faux, quoi). On s’interroge un peu sur les critères de sélection, d’abord pourquoi les faire chanter a cappella ? Y a-t-il beaucoup de disques qui sortent sans musique ? Pourquoi éliminer des candidats qui oublient les paroles et qui chantent bien ? Les prompteurs, c’est fait pour les chiens ? C’est simple : on prend ceux qui passent mieux à l’écran et qui sont susceptibles de plaire au jeune public.
Bref, arrive, le moment tant attendu du premier prime-time en direct de Baltard, avec les dix candidats survivants (ceux qui ne sont pas tombés dans la cage d’escalier, en sautant de joie à l’annonce de leur nomination). C’est en voyant les heureux élus, qu’on soupçonne à nouveau les jurés d’avoir un peu abusé de substances psychotropes. Bon, on s’en doutait déjà un peu, en les voyant invoquer l’esprit de Jim Morrison pour qu’il envoie des candidats rock n’ roll (si on considère que c’est possible et qu’il n’est pas déjà réincarné, il a sûrement autre chose à foutre).
En l’occurrence, il semblerait, comme l’a dit Manoukian lui-même à propos de Yoann, qu’il y ait une terrible erreur de casting. Car, même si les candidats chantent relativement juste, aucun n’est vraiment exceptionnel. Secret de polichinelle, puisque cinq sont passés à la trappe dès la première émission.
Pourtant, tout le monde semble s’en foutre royalement. D’abord le public, qui jette Mahdi, un des meilleurs, dès le troisième prime, ensuite le jury, décidément sourd cette année, lorsqu’ils envoient du bleu à tout va, à Leila, qui croit avoir un grain de folie à la Catherine Ringer, mais dont la platitude n’a rien à envier aux seins de Marina Foïs, puis à Soan, qui en plus de mettre des jupes et de se maquiller les yeux, assassine allègrement chaque titre qu’il interprète. Une rumeur persistante dit que Robert Smith se serait arraché la tête pour ne plus l’entendre hurler faux et à contretemps « boys don’t cry ». En gros, on aurait pris les recalés de l’année dernière, c’aurait été mieux.
Pour conclure, il me semble capital (oui ,notre vie en dépend)d’évoquer la torture qu’est l’emballage de l’émission, entre les bavardages soporifiques de l’euphorique Virginie Guilhaume, qui s’extasie devant les prestations karaoké des candidats et qui rappelle leurs numéros toutes les cinq secondes avant de lancer la pub, les sujets passionnants qui nous montrent Lary en train de se fouler la cheville avant de nous évoquer la couleur de son caca matinal, les candidats devenus amis d’enfance en deux semaines, puis enfin, les flashbacks des castings qu’on a déjà vu quarante fois, sous l’œil larmoyant et idolâtre de leurs familles et amis, qui semblent penser que les Rolling Stones sont des amateurs comparés à eux. C’est là qu’on se rend compte que si on enlève les sujets, les 200 pages de pub, les « tapez 1 » et le suspense interminable de la fin, qui durerait une seconde, le temps de donner le nom du perdant, en fait, l’émission dure moins de dix minutes.
Donc, si on a bien compris, rien à voir avec la Star Ac’ : des candidats au talent frisant le génie musical mais qui chantent faux ou mou ; des titres de qualité joués dans leur intégralité, puisque Nougayork dure 52 secondes et que Britney Spears et les Spice Girls sont la pointe de la mélomanie et de l’underground ; un refus total de la télé réalité, sauf quand les candidats pleurent ou éructent.
Bref, une émission sérieuse où le vrai vainqueur c’est la musique, mais seulement quand elle passe à la radio et amputée des parties instrumentales, revisitée par des artistes sensiblement exceptionnels qui se réapproprient le morceau, en oubliant les paroles et en inventant l’air, et où le vote, via appel surtaxé et les tunnels de pub plus longs que l’émission elle-même sont vraiment, mais alors vraiment subsidiaires. A l’heure où ces lignes sont écrites, on ne connaît pas encore le gagnant, le problème c’est qu’on a autant envie de le savoir que de voir le vagin de Roselyne Bachelot.

samedi 9 mai 2009