O'zons

L’édition banale



Depuis bientôt un an, Canal + propose un rendez-vous sur la case maudite de midi : l’Édition Spéciale, que nous allons passer en revue pour les heureux lecteurs et téléspectateurs potentiels qui ne connaîtraient pas encore. Samuel Étienne, entouré de sémillants chroniqueurs, essaie de nous faire croire qu’il fait du spiritisme avec l’Esprit Canal. Une mission à peu près aussi impossible que Navarro qui sauverait la planète en 24 heures chrono, ou que Jean-Pierre Pernaut dans une manif altermondialiste pour les sans-papiers. Une émission qui, comme son nom l’indique, fond bien dans le café…

Une équipe béton comme du polystyrène

Pour ressusciter l’esprit canal, peut-être aurait-il fallu des chroniqueurs vraiment impertinents et pertinents. Pour être satirique, il ne suffit pas de le dire, ni même d’en être convaincu. Ce n’est pas parce qu’un chat se met à aboyer, que c’est un chien ; ni parce que Sophie Marceau parle devant une caméra, qu’elle est actrice. Anne-Élisabeth Lemoine a le même problème. La pauvre fille semble être persuadée qu’il suffit de voir la bande annonce pour faire la critique d’un film, qu’il ne faut rien savoir sur l’invité pour l’interviewer, qu’il suffit de prendre un ton ironique pour faire de la satire et qu’elle est drôle car elle est la sœur de Jean-Luc Lemoine. En fait non, la journaliste spécialiste de My Space est aussi à l’aise dans la satire que Gilbert Montagné en pilote de formule 1. Sinon il y a Ariel Wizman, le professeur Choron du prêt-à-porter, le Coluche de la vanne sur Victoria Beckham, en un mot : la référence de la satire. Aidés par Bertrand Delais et Nicolas Doménach, (parce qu’il faut qu’en même au moins un vrai journaliste) la fine équipe traite de vrais sujets de fond. Genre : Cécilia et Nicolas ont-ils vraiment divorcé par consentement mutuel, ou bien est-ce que Ségolène Royal est une grosse conne ?

Des comiques drôles comme un suicide

Non seulement ça dénonce grave, mais en plus on se poile (au cul). Fendage de gueule garanti, avec la nouvelle génération de comiques genre stand-up-saturday-night-live-comedy-club-ultra-déconne-mort-de-rire-j’en-crache-mes-boyaux. La plupart sont à peu près aussi désopilants que François Fillon qui ferait un discours sur la dette pendant un enterrement de bébés congelés. On a Camille Chamoux, une espèce d’Axelle Laffont en pire, qui « décrypte les tendances ». En fait, sa technique de déridage de zygomatiques se limite à jouer la fille hystérique, qui se met à hurler d’un coup avec les yeux exorbités et qui cherche un mec. Il y a aussi Chris Ecker, qui lui aussi détient la vis comica. Son truc, c’est tirer sur les ambulances, en lisant Sanglier Magazine d’un ton monocorde. Apparemment, c’est extrêmement in de trouver ça hilarant, vu qu’Ariel et Anne-Elisabeth se décrochent la mâchoire dès que les deux « humoristes » parlent. En fait, ce doit être le nouvel humour, le comique pas drôle à écouter au troisième degré ; sauf qu’on ne peut pas tous être les Robins des Bois. Enfin, Sébastien Thoen fait les villes où personne ne va, il a bien raison, on est vraiment des cons de ne pas habiter à Paris.

Le doigt où ça fait mal

En plus de son ton trop top vachement hyper iconoclaste et cool, l’Edition Spéciale est à la pointe de l’actu et toujours prête à mettre les pieds dans le plat. Si on reçoit le président des jeunesses UMP, on lui pose la question qui dérange : « est-ce qu’on est encore jeune à 30 ans ? » Avec des questions aussi impertinentes, on dépasse vraiment les limites de la bienséance. C’est sûr, le gouvernement tremble et menace de censurer l’émission. Pourvu que ça n’arrive pas, car le journalisme engagé n’aurait plus de moyen d’expression. Résistez les gars, on est avec vous.

jeudi 15 mai 2008