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Les pipoles au vitriol

KOXIE : LA RACAILLE DE NEUILLY


A priori, elle n’aurait mérité que de l’indifférence, car lui consacrer un portrait aurait été un honneur aussi injustifié qu’un hommage au vide qui sépare un atome d’un électron. En effet, le néant cosmique contenu dans son œuvre musicale et dans sa personne, ne méritait même pas une brève évocation. C’est en la voyant crâner dans l’inutile mais sympathique émission d’Alexandre Devoise sur les coulisses de La Nouvelle Star, que sa tête enflée par les ventes de son single à 500.000 français aux oreilles bouchées par la merde, s’est mise à mériter une grosse baffe.

Koxie, c’est le cas classique d’une chanteuse médiocre mais vaguement originale, qu’un buzz médiatique et commercial a transformé en artiste d’exception. Pas besoin d’exemples, c’est le cas de 99% de la variété française. Inconnue il y a deux ans, elle se fait connaître sur le web, pour devenir la référence que seuls les ringards et les mélomanes ne connaissent pas. Un tube dont la pensée profonde se résume à enlever la cédille aux garçons. Quelle audace, quel militantisme féministe et quel affront aux clichés. En plus de nous rappeler l’utilité de la cédille, la jeune rebelle de droite nous confirme que les jeunes des cités sont tous des cailleras qui méprisent les femmes. Au passage, après que Passi ait noté que le mec du clip est Noir, c’est désormais un Blanc qui l’accompagne. C’est quand même du travail, respectons, car Koxie écrit, dit-elle, depuis 1998. Ça se sent à la profondeur de ses textes. C’est vrai que c’est presque drôle à la première écoute, mais franchement, si toutes les vidéos jetables de You Tube devenaient un succès, ce serait aussi absurde que des gens venant raconter leurs pannes d’érection à Delarue. C’est peut-être un mauvais exemple.

Ceci dit, si la jeune rappeuse à karcher se limitait à faire de la musique de merde en s’auto- proclamant pionnière du « Rap Glamour » (c’est elle qui le dit), cela passerait encore, éventuellement. Mais là où la nouvelle poétesse de la « Noble confrérie de la rime profonde » (dixit IAM) énerve, c’est quand elle prend des grands airs. Se prenant visiblement pour une grande artiste, elle confiait à Devoise son propre trac avant un prime time : « même moi j’ai le trac ». Incroyable ! On aurait pu penser que la grande Koxie, avec ses six mois de carrière et son prime à la Star Ac’ était dotée d’une assurance à toute épreuve. Un mythe s’écroule. Enfin, tranquillement, celle qui va sûrement détrôner Diam’s et Foxy Brown, se prend pour une chanteuse. Avec autant d’aisance que Céline Dion félicitant la dictature chinoise, Koxie donne des conseils de chant aux candidats et fait la leçon à Julien qui vient de se faire éliminer. Un peu comme le pape qui donnerait des conseils de drague, ou Marylin Manson dans une pub pour un salon de beauté. On nage en plein délire psychiatrique en voyant tout le monde pendu à ses lèvres comme si c’était la Callas qui donnait un cours de chant.

Le public français a vraiment un problème de mélomanie : on lui donne une boîte de Whiskas et il se jette dessus avec frénésie, en croyant bouffer du caviar. Pour y remédier, il faut de toute urgence convoquer l’armée, afin de procéder avec éructation à un grand peloton d’exécution de fils à papa qui se prennent pour des artistes et qui vendent. On y mettrait d’urgence Koxie et ses potes Mickaël Youn et Yelle, pour faire un geste envers la musique.

jeudi 15 mai 2008