O'zons

Attention à la marche



ATTENTION À LA MARCHE DU SIÈCLE

Alors oui, je vous vois venir comme un gros camion qui roulerait dans mon salon de 15m2, vous allez encore penser que votre serviteur est un gros connard élitiste qui se gave de programmes culturels où l’on débat de l’inanité patente de la race humaine face à un univers incommensurable où ne trône qu’un néant insondable niant ainsi l’existence hypothétique et rassurante d’un créateur omnipotent qui veillerait avec compassion sur les arcanes impalpables des strates invisibles où errerait notre âme éventuelle après une mort inéluctable. Vous êtes encore là ? Ne mettez pas fin à vos jours misérables tout de suite, j’en viens au fait. Je souffre. Oui, je souffre devant l’incompréhension qui m’enlace lorsque je jette un œil curieux au programme préféré des français, juste avant le presque journal de Pernaut.

En effet, en plus de penser s’informer en regardant un mec bourré qui fabrique des sabots, ces mêmes extra-terrestres se divertissent avec Jean-Luc Reichmann. Non, je ne doute pas de la sympathie intrinsèque de ce charmant Monsieur, toulousain comme moi, et ex imitateur des guignols de surcroît. De fait, ce qui provoque en moi un désarroi métaphysique, me mettant ainsi en marge d’une humanité déroutante : c’est la raison de ce succès. Mais pourquoi ; ai-je envie de clamer avec l’emphase ridiculement théâtrale d’un académicien interprétant une tragédie shakespearienne ? Oui, pourquoi les gens sont-ils si cons ? Leur vie serait-elle si déprimante, qu’à leurs yeux, Attention à la Marche serait le comble du fun ?

Mais d’ailleurs, c’est quoi cette émission ? Attention à la Marche est un jeu aussi débile que son intitulé, dont TF1 détient le secret, comme les initiés égyptiens détenaient les secrets de l’immortalité. Le but est simple, comme tous les jeux : des candidats, des questions et du pognon. Il semblerait que ce soit là l’équation de l’audimat, surtout quand les candidates ont un décolleté plongeant sur une paire énorme de nibards, ouiiiiaarghh, avec des gros tétons qui émergent et un gros… pardon Seigneur, je dérape. En fait, c’est un mélange subtil entre Questions pour un Champion et un jeu de société encore plus chiant qu’un Trivial Pursuit avec un érudit : le jeu du Guiness book des records. Un jeu passionnant comme un week-end avec François Fillon, où on pose des questions dont personne, à part peut-être le patron de l’IFOP, ne connaît la réponse et qui implique donc les capacités de divination du candidat. Du genre : sur 100 français, combien n’aiment pas le chou-fleur ? Combien mangent avant 13 heures ? Combien ont déjà vomi dans un ascenseur, en présence de leur employeur ?

Bref, des questions essentielles, dont tout le monde rêve de connaître la réponse, pour être sûr de ne pas mourir idiot. Oui, certains cherchent le sens de la vie, d’autres la recette du pot au feu à l’échalote. Mais beaucoup sont devant la télé pour se sentir moins cons. Oui, car, bien souvent, les candidats sont encore plus cons que les téléspectateurs (si, c’est possible) et même que le public, qui comme tous les publics, tape dans ses mains comme un chimpanzé quand il entend de la musique (sans différenciation, le jingle ou AC/DC, même s’ils ne savent pas qui est Bon Scott). Dans leur quête transcendantale d’aspiration à la supériorité, les téléspectateurs se délectent des candidats qui s’humilient en répondant n’importe quoi à des questions de niveau CP ou en racontant les détails sordides de leur vie sexuelle foireuse. Ce sont là, en général, les prémisses de la question que ces morts de faim attendent tous : la question cochonne. Du genre : combien de français pratiquent la fellation après une sodomie ? Bon appétit, si vous êtes à table.

Donc, après ces nombreuses interrogations, dont dépend indubitablement l’avenir de l’humanité, on arrive au clou du spectacle, le finaliste monte la marche, d’où le titre (combien d’heures de réflexion et de kilos de coke pour trouver cette idée brillante ?) et répond à la question finale pour gagner le pognon qu’il va claquer en deux jours, ou retourner à sa vie de beauf.

D’où mon désarroi dubitatif, quant au processus neuronal du téléspectateur : le français est en général jaloux de la réussite des autres mais est prêt à perdre une heure pour la voir à la télé.

La pub débile du mois

lundi 30 mars 2009